Cher(e) ami(e) investisseur,
Si on se fie uniquement aux nouvelles à la télévision ces derniers mois, on pourrait croire que l’univers des cryptos est en train de s’effondrer.
Des projets ferment leurs portes.Les fonds préfèrent désormais miser sur l’Intelligence Artificielle (IA).Les salons professionnels se vident.
Et pourtant…
L’industrie crypto n’a jamais généré autant d’argent qu’aujourd’hui.
Depuis 2018, les entreprises de ce secteur ont encaissé 74,8 milliards de dollars de revenus.
Et le plus surprenant, c’est que près de la moitié de cette somme a été gagnée au cours des 18 derniers mois seulement !
Autrement dit :
La crypto traverse l’une de ses plus grandes crises de confiance… au moment même où ses revenus explosent.
La peur des débutants face à des profits records
Le sentiment actuel chez les médias grands publics peut se résumer ainsi : « Oubliez la crypto, passez à l’IA. »
Pourquoi ce pessimisme ?
Principalement parce que le prix des cryptos a baissé et que l’ambiance générale est à la méfiance.
On utilise souvent un « thermomètre de la peur » (l’indice Fear & Greed) qui montre que les épargnants sont actuellement terrorisés :

À cela s’ajoute le fait que des géants comme Binance, OKX ou Polygon ont réduit leurs effectifs pour s’adapter.
Et pourtant…
Pendant que la peur paralyse la foule, les tiroirs-caisses se remplissent.
Les « dollars numériques » : la nouvelle poule aux œufs d’or
En janvier 2026, deux sociétés (Tether et Circle) capturent à elles seules 34 % de tous les revenus de l’industrie crypto.
Ce sont les émetteurs de « stablecoins », ces monnaies numériques dont la valeur est indexée sur celle du dollar.
Pour le dire autrement : sur chaque dollar gagné dans la crypto, 34 centimes vont dans la poche de ces deux entreprises.
En deux ans, leurs revenus ont doublé :

Pour comprendre pourquoi un tel succès, il faut comprendre leur modèle qui repose sur deux piliers :
1. Une bouée de sauvetage mondiale
Dans de nombreux pays (Argentine, Turquie, Nigeria), l’inflation est galopante, les services bancaires sont quasi-inexistants et la monnaie locale ne vaut plus rien.
Pour ces habitants, posséder du « dollar numérique » est une question de survie pour protéger leurs économies et pouvoir envoyer de l’argent à leur famille instantanément.
Même en occident, les stablecoins offrent une alternative pratiquepour envoyer de l’argent ou payer sans passer par des banques lentes et coûteuses.
2. Des frais de fonctionnement quasi inexistants
Contrairement à une banque traditionnelle (BNP ou Société Générale), les émetteurs de stablecoins n’ont :
- Pas d’agences physiques dans chaque rue.
- Très peu d’employés.
- Un système de gestion automatisé (la blockchain).
Résultat : Tether génère environ 100 millions de dollars de revenus par employé.
À titre de comparaison, c’est 20 fois plus efficace que Nvidia et 50 fois plus que Google.
C’est tout simplement l’un des modèles les plus rentables de l’histoire de la finance.
La crypto est devenue une immense place de marché
En plus du dollar numérique, un autre secteur tourne à plein régime : le trading de produits dérivés.
Entre 2022 et 2025, la part des revenus venant des plateformes d’échange a été multipliée par 15.

Pourquoi ?
Parce que les utilisateurs veulent trois choses qu’offrent les applications de trading crypto :
- de la vitesse
- de l’effet de levier
- de l’anonymat
Par conséquent, des plateformes comme Hyperliquid ou Jupiter répondent à ce besoin et voient leur activité exploser.
Le paradoxe : l’activité monte, les prix descendent
Nous sommes dans une situation étonnante :
D’un côté, l’utilisation réelle de la crypto (le nombre de transactions, les frais payés) n’a jamais été aussi forte.
De l’autre, la valeur « boursière » de nombreux projets a chuté.
En 2023, les investisseurs étaient prêts à payer très cher pour des projets prometteurs (parfois 50 ou 75 fois ce que l’entreprise gagnait réellement).
Aujourd’hui, on ne paie plus pour « l’espoir » ou la nouveauté, mais pour la réalité des profits.
C’est exactement ce qui s’est passé avec Amazon après la bulle Internet des années 2000.
L’action Amazon avait perdu 90 % de sa valeur, alors que l’entreprise était en train de construire l’infrastructure du futur et que ses ventes augmentaient chaque jour.
La crypto vit son « moment Amazon ».
La grande question : à quoi servent vraiment les jetons (tokens) ?
C’est le point crucial.
Dans la finance classique, si vous achetez une action Air Liquide, vous avez droit à une part des bénéfices (le dividende).
Dans la crypto, c’est parfois plus flou.
Beaucoup de jetons servent juste à « voter » sur des décisions, mais ne rapportent rien directement à leur propriétaire.
Le marché est devenu sévère avec ces projets qui gagnent des millions sans les partager.
Heureusement, les choses changent.
Certains projets (comme Ethereum, Aave ou Binance) commencent à utiliser leurs profits pour :
- Racheter leurs propres jetons sur le marché.
- Détruire une partie des jetons en circulation (ce qu’on appelle le « burn »).
Comme pour une collection de timbres, si on en détruit la moitié, ceux qui restent prennent de la valeur.
Cela rapproche enfin la crypto du modèle rassurant des actions traditionnelles.
La prochaine étape de la crypto
L’époque où l’on s’extasiait sur la technologie « Blockchain » touche à sa fin.
On entre dans la phase de l’utilité concrète.
C’est comme pour Internet : au début, on parlait d’entreprises « Internet ».
Aujourd’hui, toutes les entreprises utilisent Internet, c’est devenu normal.
La blockchain va devenir l’infrastructure invisible de la finance mondiale.
Ce que cela signifie pour vous :
Dans les années à venir, les gagnants ne seront pas ceux qui font les plus belles promesses, mais ceux qui :
- Brassent des volumes massifs de transactions.
- Sont indispensables pour faire circuler l’argent.
- Génèrent réellement de la trésorerie.
Car en fin de compte, la réalité des chiffres finit toujours par rattraper les discours.
Saturnin Devins
Fondateur et éditeur de Crypto & Macro
