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Macro 1 novembre 2025·7 min

Bulle de l'IA : même Cassandre a capitulé !

Quand les sceptiques les plus tenaces de la bulle IA finissent par capituler, le marché envoie un signal. Décryptage — et comment se positionner pour les deux scénarios.

Bulle de l'IA : même Cassandre a capitulé !

Dans la mythologie grecque, Cassandre avait reçu le don de prophétie.

Puis fut maudite : personne ne croirait jamais ses prédictions.

Elle avait vu venir la destruction de Troie.

Elle avait averti au sujet du cheval de bois.

Mais personne ne l’a écoutée.

Le problème n’était pas que les gens la croyaient folle : ils refusaient la vérité dérangeante qui leur aurait causé de la douleur.

Nous tous luttons contre cette inquiétude diffuse tapie dans nos estomacs.

Je trouve ce récit approprié dans un contexte de marché partagé entre peur et avidité.

Ce paradoxe n’est pas nouveau :

Warren Buffett avait surnommé Michael Burry “Cassandre” en 2010.

Quelques années plus tôt, Burry avait gagné plus de 800 millions $ en pariant contre le marché immobilier américain, alors que tout le monde le prenait pour un fou.

Cette histoire est devenue un livre, puis un film : The Big Short — que vous devriez absolument lire ou voir.

Quinze ans plus tard, “Cassandra Unchained”, comme Michael Burry se fait désormais appeler sur x.com, est de retour.

Et il lance de nouveaux avertissements sur les géants de la tech et l’IA.

Cette fois, le grand public est un peu plus réceptif.

Mais pour le marché, les avertissements de Cassandre restent “non invités et non désirés.”

Les derniers documents publiés montrent que son fonds d’investissement Scion Asset Management a liquidé l’intégralité de son portefeuille d’actions cette année.

Pire, il a pris des positions vendeuses de plusieurs millions de dollars contre des noms comme Palantir et Nvidia — pariant sur leur chute.

Depuis, ces entreprises ont connu des gains à deux chiffres rien qu’au dernier trimestre.

La semaine dernière, Michael Burry a fermé Scion Asset Management, rendant l’argent de ses investisseurs avec une simple déclaration :

« Mon estimation de la valeur des titres n’est plus, et n’a pas été depuis un certain temps, en phase avec les marchés. »

Traduction : Désolé, j’arrête tout. Je capitule.

J’y vois une belle leçon pour ceux qui cherchent à “trouver le sommet” sur les marchés financiers.

L’oracle qui criait au loup

Comme pas mal d’experts et d’analystes boursiers, Burry annonce des sommets depuis 2021.

« La plus grande bulle spéculative de tous les temps, qui va déboucher sur une grosse récession. »

C’était il y a quatre ans.

Depuis, le S&P 500 a grimpé de +65 %.

Il avait vendu à découvert Tesla autour de 600 $.

L’action est montée à 1 200 $.

Il avait mis en garde contre les mêmes stocks.

Ils ont continué d’exploser.

Sa nouvelle croisade ?

Avertir que les géants de la tech maquillent leurs comptes avec des astuces d’amortissement, gonflant leurs bénéfices de 20 à 30 %.

Comment ? En allongeant artificiellement la durée de vie de puces IA obsolètes au bout de trois ans.

Source : Michael Burry sur x.com

Le pire, c’est qu’il a raison.

Tôt ou tard, les géants de la Tech’ devront payer l’addition, et les investisseurs qui détiennent leurs actions risquent de voir leur placement divisé par 2 ou 3.

Mais voilà : avoir raison trop tôt revient à avoir tort.

Tenter d’attraper le “point haut du cycle” laisse souvent sur le carreau. Mieux vaut sortir progressivement pour ne pas rater la dernière hausse.

Et vendre à découvert est encore plus dangereux :

Le prix d’une action n’a pas de plafond, donc vos pertes potentielles n’ont pas de limite.

Comme le disait Keynes :

« Les marchés peuvent rester irrationnels plus longtemps que vous ne pouvez rester solvable »

Jamais cette phrase n’a semblé aussi vraie.

Burry a passé des années à combattre la tendance,

Il a shorté Nvidia, parié contre Palantir et dénoncé la folie de l’IA… pendant que ces titres explosaient à la hausse.

Voilà ce qui me frappe dans la capitulation de Burry.

Il a raison sur le fond.

Le risque de concentration est délirant, la comptabilité est douteuse et les dépenses d’IA sont intenables.

JP Morgan estime que les centres de données nécessiteront 3 000 milliards $ d’investissements d’ici 2029, pour des puces qui deviennent obsolètes plus vite qu’un iPhone.

Microsoft, Google et Meta prolongent la durée d’amortissement de leurs équipements — que le PDG de Nvidia lui-même qualifie de “bons pour la casse dès que la version suivante sort.”

C’est la comptabilité de la bulle internet, version 2.0.

Mais le marché se moque de vos tableurs, de vos analyses fondamentales ou de vos précédents historiques.

Le marché ne s’intéresse qu’à une seule chose : les flux.

Et en ce moment, des dizaines de milliards de dollars affluent chaque semaine vers les fonds indiciels passifs comme le Nasdaq ou le S&P500.

Ensuite, ces fonds indiciels rachètent automatiquement Apple, Microsoft et Nvidia, quel que soit le prix.

Pourquoi même Cassandre se tait

Mettez-vous à la place de Burry.

Il avait identifié la bulle immobilière dès 2005.

Il a attendu trois ans, perdant des primes, avant d’avoir raison.

Mais à l’époque, il y avait des déclencheurs clairs : défauts subprimes, faillites, titrisations explosives.

Cette fois, la bulle s’auto-alimente.

Chaque fonds de pension a besoin de rendement.Chaque fonds indiciel doit suivre son benchmark.Chaque conseiller doit prouver à ses clients qu’il détient “les gagnants de l’IA.”

Plus la tech est surévaluée, plus son poids dans les indices augmente.Plus le poids augmente, plus les flux passifs s’y déversent.Plus l’argent afflue, plus les prix montent.

C’est un mécanisme à mouvement perpétuel… jusqu’à ce qu’il casse.

Pour vous, la capitulation de Burry doit être un signal d’alerte.

Les indices regorgent d’actions américaines.Les particuliers s’entassent dans ces ETF et indices.

Nous surfons tous sur cette bulle, qu’on le veuille ou non.

Mais si l’un des plus grands lanceurs d’alerte jette l’éponge…

Quelle chance avez-vous de “choper” le point haut ?

Les problèmes d’amortissement qu’il souligne sont bien réels.

Le risque de concentration est tellement énorme qu'Apple, Microsoft et Nvidia représentent 18 % de tout le marché américain.

Quand cette bulle dégonflera, les dégâts seront spectaculaires.

Ces deux dernières semaines, les marchés actions ont vacillé avant de chuter lourdement.

L’indice Fear & Greed se situe en “Peur extrême.”

Pour l’instant, les marchés américains ont revu à la baisse leurs attentes de baisses de taux.

Une chose est sûre, on est loin de l’euphorie typique des pics de bulles sectorielles.

Cela pourrait donc continuer de gonfler encore quelques mois, avant d’exploser.

La vérité inconfortable

Dans sa lettre de liquidation, Burry écrit qu’il passe à “autre chose”.

Je pense qu’il continuera à shorter ce marché avec son propre argent.

A quelques différences près :

Plus d’investisseurs à convaincre.Plus de lynchage médiatique à gérer.Plus de reporting mensuel affichant une sous-performance.

Il sait qu’il a raison.

Il ne peut juste plus se le permettre avec l’argent des autres.

C’est la malédiction du Cassandre moderne :

Voir venir la catastrophe, avertir tout le monde… mais faire faillite avant d’avoir raison.

Le message du marché à Burry — et à tous ceux qui luttent contre la tendance — est d’une simplicité brutale :

Je peux rester irrationnel plus longtemps que vous ne pouvez rester solvables.

Même si vous êtes l’homme qui avait prévu la crise de 2008.

Bien à vous,

Saturnin Devins

PS : Méfiez-vous des “vendeurs de rêves” autant que des “Cassandre”, et ne misez jamais tout sur un seul scénario.

L’incertitude actuelle nous force à anticiper deux possibilités :

Soit une dernière jambe haussière, soit un marché baissier qui a déjà démarré.

Ajustez votre portefeuille de manière à être prêt pour les deux.

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